Le « démantèlement » de Calais, vers une évacuation totale?


Le « démantèlement » de Calais a été annoncé le 26 septembre dernier par le Président de la République François Hollande et a été confirmé moins d’un mois plus tard par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Le démantèlement de 2016 n’est pas le premier en date. En effet, la fin de la guerre du Kosovo en 1999 entraîne un flux migratoire vers Calais. Les demandeurs d’asile s’installent alors à Sangatte au Sud Ouest de la ville dans un hangar désaffecté d’Euro tunnel. Cependant en décembre 2002, ce centre est fermé par le pouvoir politique français en place et les accords du Touquet sont signés entre les gouvernements britanniques et français. Ces accords instaurent une délocalisation des frontières permettant aux douaniers britanniques d’agir en France.

A la suite du démantèlement du camp de Sangatte, les migrants se déplacent au Nord Est de la ville près de la rocade et du port. Ce regroupement est toléré jusqu’en 2009 avant d’être démantelé. A partir de cette année, les migrants se dispersent et occupent divers espaces dans la ville y compris à proximité du centre. A partir de 2014, le nombre de migrants passe de quelques centaines à plus de 1200 personnes. Le dispositif de sécurité est donc accru. Les migrants se reportent alors vers le centre de l’Euro tunnel.

En 2015, le centre Jules Ferry du Nord Est de la ville ouvre ses portes aux migrants et un terrain de 18 hectares à proximité leur est mis à disposition. Cet espace contient des points d’assainissement, des commerces, une école et des lieux de culte. En janvier 2016, un Centre d’Accueil Provisoire composé de containers dortoirs avec une capacité de 1500 personnes est ouvert par l’État qui décide de démanteler 7 hectares au Sud de la « Jungle » . Après deux démantèlements majeurs, l’aboutissement du plan d’évacuation d’octobre 2016 est une action gouvernementale qui doit s’inscrire dans le temps pour être menée à bien.

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Calais, lundi 24 octobre à 6h, une soixantaine de personnes se positionnent en file d’attente afin de monter dans un des 60 bus qui les emmènera vers un centre d’accueil.

Selon les médias, le plan d’évacuation de plus de 6000 migrants devrait s’étaler sur une semaine entière. Le site du ministère de l’Intérieur expose un plan d’évacuation en trois jours : lundi 60 bus, mardi 45 bus et mercredi 40 bus, soit un total de 145 bus pour rejoindre l’un des 287 Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO) ouverts dans les régions françaises, excepté la Corse et l’Île-de-France.

Pour cette évacuation, l’État Français mobilise près de 1250 policiers et gendarmes, soit un représentant de la force publique pour 5 migrants. Cette proportion est considérable d’autant plus que ceux-ci sont actuellement en conflit social avec l’État. Ces forces de l’ordre sont nécessaire à un tel plan afin que l’attention et le calme soit de mise pour mettre un terme à ce qui a été appelé le « plus grand bidonville de France » ou encore « la Jungle de Calais ».

Cet espace est habité par 6000 à 9000 personnes. Les migrants et réfugiés viennent d’Afghanistan, d’Érythrée, d’Irak, de Syrie ou encore du Soudan et la plupart d’entre eux souhaitent traverser la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni.

Calais est en effet un lieu stratégique pour les trajectoires migratoires. La Manche, traversée par la frontière de l’espace Schengen, est à la fois une barrière géographique et juridique. La ville de Calais est située à 35 km de côtes anglaises avec lesquelles elle est reliée par voies maritimes et par le tunnel sous la Manche.

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Calais, lundi 24 octobre à 8h30, le 1er bus avec 37 personnes prend le départ pour le Morbihan en Bretagne. A partir d’aujourd’hui, chacun des CAO ouvriront leurs portes à environ 23 personnes. Si la carte exacte des CAO n’est pas rendue publique par les autorités pour des raisons de sécurité, on peut retrouver la répartition par ville sur le lien suivant:http://bit.ly/2eJ5XhB. Notons que la géolocalisation exacte des centres reste inconnue, l’emplacement des centres est donné à titre indicatif.

Depuis Octobre 2015, 167 CAO ont reçu plus de 6000 personnes soit 35 personnes par centre. On remarque donc que, si la capacité d’accueil double en quelques jours (de 6 000 à 12 000), l’accueil est plus éparse (une moyenne de 23 personnes par centre aujourd’hui contre 35 personnes par l’an passé).

Si la réussite de l’évacuation tient à l’intégration, la capacité d’explication et d’organisation des initiateurs du démantèlement est donc à observer. Il est en effet nécessaire que les migrants comprennent l’éventail de solutions qui s’offre à eux. De même, il convient d’organiser l’évacuation pour que tout se passe de manière sereine sur l’ensemble du territoire, c’est à dire pendant leur trajet mais aussi à destination. En effet, l’acceptation par la population locale est un élément crucial dans le déplacement de personnes.

A ce jour, certaines communes restent récalcitrantes à l’idée d’accueillir des migrants. Il convient donc des les informer au mieux en précisant par exemple la durée de l’occupation des centres par les migrants et les réfugiés, leurs statuts actuels ainsi que les modalités de financement des centres. Au regard de l’explication des solutions possibles, il semblerait que les associations n’aient pas émis de réserve sur la méthode, par contre, le délit de faciès utilisé pour juger si un migrants est mineur ou non a été dénoncé.

Calais, lundi 24 octobre à 14h, 1000 personnes ont quitté Calais. L’adhésion au projet de démantèlement semble avoir pris. L’objectif d’une évacuation d’un millier de personnes par jour est atteint et il sera même dépassé puisqu’à 20h, on sait que 2318 migrants ont quitté Calais en empruntant un des 40 bus. Le lendemain, c’est 1634 personnes qui prennent le départ à bord de 33 bus. Enfin mercredi 1.348 personnes personnes sont parties à bord de 27 bus.

L’État avait annoncé le départ de 145 bus géolocalisés en 3 jours. Le plan d’évacuation a finalement mobilisé 100 bus. Si le nombre total de bus est inférieur au plan, le nombre total de personnes ayant accepté de faire le trajet représente 5 000 personnes. Les 45 bus restant seront-ils mis à disposition pour le millier de personne résidant encore aujourd’hui à Calais ?

Une évacuation de population est un processus complexe à organiser qui pose de nombreuses questions. Par exemple, l’État va-t-il réussir à convaincre ? Il faut réussir à convaincre la totalité des migrants à prendre la route vers un centre d’accueil. Il convient aussi de convaincre les populations locales à accueillir ces personnes. Cette interrogation nous mène à un autre aspect qui est celui de la sécurité.

En effet, la sécurité va-t-elle être assurée tout au long de l’opération ? L’opération débute à Calais avec l’affectation des migrants et réfugiés par destination (2 au choix par personne). Il vient ensuite la durée du trajet et enfin l’arrivée dans les CAO. La nuit de lundi à mardi a été marqué par des explosions et des incendies. Dans la journée de mercredi d’autres incendies ont été provoqué. Ces incidents prévisibles ont été maîtrisé par les pompiers de la région. Les autorités ont apparemment su contenir la situation afin d’éviter que les débordements ne se transforme en véritable crise.

Qu’adviendra-t-il des personnes refusant leurs départs ? Il semble que ces personnes seront autorisés à quitter Calais par leurs propres moyens y compris par le train.

Comment vont s’adapter les déplacés ? Beaucoup d’entre eux continuent de penser à un départ pour le Royaume-Uni. Leur intégration en France soulève toujours des interrogations.


Sources:

La mise à l’abri des migrants

CAO : UN NOUVEAU TYPE DE LIEU D’ACCUEIL ?

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