Les comportements de mobilités humaine et animale comme outil d’aide à la réflexion sur l’aménagement de flux.


Dans un article publié en Février 2018 dans la revue L’information géographique, L. Gagnol, C. Mounet et L. Arpin explorent de nouvelles pratiques d’études comportementales des êtres vivants, aussi bien humains qu’animaux, à l’aide de la géoichnologie. L’apport de cette approche est qu’elle pourrait étayer de nouvelles manières de concevoir les aménagements de mobilité en améliorant leurs intégrations dans l’environnement et en tenant compte des pratiques observées.

Image 1 : Oeuvre d’art ephémère tracée dans la neige par Sonja Hinrichsen.

La géoichnologie ?

La géoichnologie est la science qui étudie les traces et les indices laissés par les êtres vivants lors de leur passage sur le sol. Elle permet de cartographier les cheminements humains et non-humains sur le territoire, et donc de visualiser des flux non-visibles à l’oeil nu. L’analyse du sol par l’usage pourrait trouver des applications dans la conception des infrastructures des mobilités urbaines et dans la protection de la biodiversité.

La géomatique et les traces, pourquoi faire ?

Image 2 : Exemple de sneckdown matérialisant l’espace sous-utilisé sur un carrefour routier.

L’utilité d’une telle approche est d’associer la “géographie du mouvement” avec une amélioration de la conception des réseaux en intégrant mieux les espaces de flux aux environnements urbains et aménagés. Les traces mettant en évidence les pratiques de déplacements, les géoréférencer à l’aide des outils géomatiques permettrait de créer de nouvelles manières de réfléchir à la question des mobilités. Les acteurs qui conçoivent les tracés pourraient ainsi enrichir leurs projets en pensant l’aménagement à travers des flux répertoriés et localisés.

Un exemple connu d’étude des traces en ville est le “sneckdown”. Contraction de “snowy” (enneigé) et de “neckdown” (avancée de trottoir), le terme désigne les espaces dédiés à la circulation motorisée et sous-utilisés, et qui sont rendus visibles par la neige.

Si l’on ne doit pas réduire la gestion de l’espace public à l’analyse de l’usage, puisqu’elle ne tient pas compte de certains cas particuliers tels que la giration large des bus ou la largeur des convois exceptionnels, elle permet quoi qu’il en soit de mieux appréhender les choix fait en matière d’utilisation des sols et dans le choix des proportions de chaussées allouées aux différents modes de déplacements.

Comme on peut le remarquer sur les photographies ci-dessous, la ville de New-York a utilisée l’observation d’un sneckdown d’un carrefour routier pour le réaménager. La nouvelle répartition de l’espace est profitable aux piétons avec un élargissement des trottoirs.

Avant

Après

 

 

 

 

 

 

 

En plus d’optimiser la largeur des chaussées, l’analyse des traces permet aussi d’ajuster les tracés. Les auteurs prennent l’exemple des “lignes de désirs”, qui matérialisent les cheminements piétons non anticipés sur l’espace public.

Images 5 : Exemples de ligne de désirs

Ces chemins sont creusés par l’usure du sol, due à un grand nombre de passage. Les lignes de désirs marquent l’écart qu’il peut y avoir entre la conception des flux de mobilités piétons et le comportement effectif des marcheurs. Vu du ciel, ils apparaissent comme des liaisons non pensées par les aménageurs mais que les piétons créent par eux-mêmes. La télédétection pourrait permettre de mieux appréhender les comportements des modes doux en analysant ces traces.

Image 7 : Photographie d’un écoduc.

Un dernier exemple d’application de la géoichnologie couplée à la géomatique est de construire des écoducs “intelligents”. Ces passages à faunes qui surplombent généralement les autoroutes recréent des liaisons entre les écosystèmes qui ont été fracturés par les aménagements lourds, et qui créent des ruptures dans l’environnement naturel.

En répertoriant les traces animales, il est possible de matérialiser les mouvements saisonniers ou les comportements de déplacements de certaines espèces. Cela permettrait de localiser les flux animaliers et de localiser pertinemment l’emplacement d’un aménagement lourd et coûteux comme celui-ci.

 

Coupler la géoichnologie et la géomatique : une approche gagnante gagnante

Dans un contexte où la question de la biodiversité prend une place de plus en plus importante et où la problématique de la mobilité urbaine reste largement centrale dans la conception des villes, systématiser l’analyse comportementale du vivant en matière de déplacement et l’associer à un traitement cartographique pourrait permettre de mieux penser la gestion des flux et d’optimiser la forme et la taille des infrastructures de mobilités pour requalifier les espaces sous-utilisés.

Sources :

Gagnol, L., Mounet, C., Arpin, I. De la piste animale aux lignes de désir urbaines. Une approche géoichnologique de la trace. L’information géographique, Armand Collin, Février 2018, page 11 – 38.
https://www-cairn-info.bibdocs.u-cergy.fr/revue-l-information-geographique-2018-2-page-11.htm$

ProposMontereal. Une ligne nommée désir. Mars 2018.
http://proposmontreal.com/index.php/une-ligne-nommee-desir/

Mayer, N. Ecoduc. Futura Planète.
https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/faune-ecoduc-17457/

Ballufier, A. Comment la neige révèle que les trottoirs sont trop petits. Le Monde, Décembre 2017.
https://www.lemonde.fr/economie/video/2017/12/28/comment-la-neige-revele-que-les-trottoirs-sont-trop-petits_5235238_3234.html

Vernaculaire. Les écoducs – Ponts pour animaux. Août 2016.
https://vernaculaire.com/ecoducs-ponts-animaux/

Image 1 : La boîte verte.
http://www.laboiteverte.fr/des-traces-de-pas-dans-la-neige/

Image 2 : ProposMontreal. Le sneckdown. Février 2015.
http://proposmontreal.com/index.php/le-sneckdown/

Image 3 et 4 : Ballufier, A. Comment la neige révèle que les trottoirs sont trop petits. Le Monde, Décembre 2017.
https://www.lemonde.fr/economie/video/2017/12/28/comment-la-neige-revele-que-les-trottoirs-sont-trop-petits_5235238_3234.html

Image 5 : Viotto, E. L’importance d’observer les gens. Janvier 2013.
http://www.elyseviotto.com/2013/l-importance-d-observer-les-gens/

Image 6 : Bazile, P. Les désirs frustrés d’Istres. Février 2013.
https://lesvelosdesetangs.wordpress.com/2017/02/13/les-desirs-frustres-distres/

Image 7 : Koreus.
https://media.koreus.com/201702/ecoduc-kikbeek.jpg

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