La géomatique ça sert aussi à faire la guerre !


En 1976, Yves Lacoste écrivait La géographie, ça sert, d’abord à faire la guerre, y dénonçant l’enseignement et l’orientation prise par la géographie à la seconde moitié du XXeme siècle. Il n’est cette fois-ci pas question de critique, mais de réflexion quant à l’importance de la géomatique dans le champ militaire… alors quelle place accorde-t-on aux SIG dans l’armée ?

De tout temps les cartes ont été au service de la conquête spatiale

Carte Cassini (Dunkerque)

La conquête militaire, ne peut se faire sans une connaissance du territoire, comme le rappelait le général prussien Clausewitz :  » Le territoire avec son espace et sa population est non seulement la source de toute force militaire mais l’un des facteurs essentiels agissant sur la guerre, parce qu’il constitue le théâtre des opérations ». Alexandre le Grand, doit la réussite de son épopée aux travaux de Thalès de Milet et d’Hérodote d’Halicarnasse. Marco Polo, n’aurait jamais pu voyager sans l’abondance de recueils et de travaux d’imminents géographes de son époque. Et c’est grâce à « l’imago Mundi » que Christophe Colomb a pu planifier son voyage. En France, au 18eme siècle le corps militaire des ingénieurs du roi participa à la réalisation des cartes Cassini. Plus tard, c’est sous les ordres de Napoléon, que ses cartographes devinrent établir une charte graphique. Face aux exigences des conquêtes militaires, la cartographie était un élément déterminent.

La géomatique et le 28eme Groupe de Géographie

Mais depuis l’avènement de l’informatique au alentour des années 50 et du développement de la géomatique, qui en découle, la cartographie a pris un nouveau souffle, et c’est également le cas dans le domaine militaire. Nous allons donc voir par la suite la place actuelle de la géomatique au sein de l’armée française. A noter qu’il existe un régiment français spécialisé dans la géographie, il s’agit du 28ème groupe de Géographie. On retrouve des bataillons similaire dans les armées étrangères.

La carte, aide décisionnelle indispensable

 

Exercice de relevées topographiques

Présent à chaque intervention de l’armée, le géomaticien militaire assure un soutient décisionnel. En effet chaque exercice ou opération militaire doit prendre en compte, trois dimension de l’environnement : son aspect physique, social et stratégique, afin d’assurer le commandement des opérations.

– L’environnement physique au travers de sa topographie, de son relief et de sa végétation afin de faciliter la compréhension des zones dangereuses et des zones d’observations; elle est donc prise en compte dans l’évolution spatiale des militaires sur le terrain. Par ailleurs d’autres données en fonction des corps armées peuvent se révéler utiles celles-ci sont conçus par le B.GHOM, le Bureau géographie, hydrographie, océanographie et météorologie.
-L’environnement social fait référence aux populations, aux ethnies, à l’aménagement civil et aux infrastructures économiques. Ces informations sont indispensables afin de mener à bien des opérations militaires délicates en zone habitée.
– L’environnement stratégique regroupe les lieux de conflits, les infrastructures administrative et politiques, ainsi que les points chauds. On y retrouve des éléments comme la position de l’ennemi, les lieux minées et les sites militaires. Cette cartographie sert à affiner la tactique de l’armée sur le champ de bataille.

La cartographie militaire

A la vue de ces éléments, on comprend donc que la cartographie militaire reste un travail complexe, qui de plus, doit parfois être fait dans des délais extrêmement courts afin d’agir dans l’urgence. Pourtant ce travail est indispensable, puisqu’il permet à l’armée de s’adapter au terrain et d’être plus efficace. Enfin comme le rappel l’adage « […] connais le terrain, connais ton temps [et] ta victoire sera alors totale. » Sun Tzu (Stratège militaire chinois de l’antiquité).

 

 

La guerre des données

Photo-interprétation

Basée sur l’information géographique, la géomatique militaire est indéniablement liée aux données spatiales. Et comme dans sa dimension civile et humanitaire, face à l’absence de donnée, elle partage le même combat. Pour obtenir des données l’armée française travaille avec les nations étrangères, utilise la photo-interprétation ou récolte la donnée directement sur le terrain. Ce dernier point est surement une des phases les plus délicate, en effet lors de la récolte de données, les militaires s’exposent au danger, ils doivent donc être efficaces, réactifs et agir rapidement, et cela passe par une bonne connaissance de leurs matériels et de leurs outils. Toutefois en considération du temps nécessaire à la réalisation cartographique, les militaires réalisent généralement des cartes anticipées, qu’ils complètent ponctuellement dans le feu de l’action, en fonction des besoins.

La carte c’est aussi au format papier !

A l’heure de la géographie 2.0, les modes de représentation sont nombreux. En effet les géographes du monde militaire peuvent produire des cartes numériques en 3 Dimensions ou des cartes de suivi en temps réels des équipages. Pour autant, les cartes classiques, en « papier », ne sont pas abandonnées pour autant, elles restent extrêmement efficaces et permettent d’agir même lorsque les conditions sont plus rudimentaires.
Un des défis de la gestion de données et aussi de rendre les données exploitable, et cela passe par la structuration des données. Nous l’avons vu précédemment, les champs de données sont multiples, il faut donc être capable d’organiser les données de manière à les rendre facilement utilisables et interprétables.

Des cartes, avant tout, opérationnelles

 

Cartographie des relevées topographiques

L’objet des cartes militaires, reste celui de la guerre et donc de l’opération. Le cœur du métier de cartographe n’est pas pour autant laissé pour compte, ce dernier doit toujours agir au mieux pour représenter les données. Il doit donc s’approprier les codes de l’armée et du terrain. La sémiologie est spécifique et l’a tendance est à interopérabilité afin de coordonner les différents groupes d’intervention. On retrouve ainsi des informations sur les zones de dangers, les objectifs stratégiques, les lieux à éviter ou l’itinéraire à emprunter. Les cartes varient aussi en fonction du groupes militaire auquelles elles se destinent, en effet les échelles et la progression ne sont pas les mêmes que l’on soit une unité pédestre ou véhiculée.

 

 

 

La cartographie militaire, tout un art ! Source : Colonel ARNAUD Philippe « La géographie militaire Défis et enjeux », Présentation Esri, Paris, 2014

 

Si on parle souvent de « l’art de la guerre », la cartographie a également une dimension artistique, et la cartographie militaire est une branche vraiment spécifique de la géomatique, elle adopte un mode de représentation pour servir « la guerre ». Elle est donc à la fois fascinante et complexe…


Sitographie

https://www.esrifrance.fr/sig2007/sgm.htm 

https://www.esrifrance.fr/def_secu.aspx 

https://sig2014.esrifrance.fr/iso_album/20141002_np_ema_geographie_militaire_vf_export.pdf

Général Gomart – DRM – Session plénière SIG 2016 (Conférence communauté ESRI)
https://www.dailymotion.com/video/k30vwFgA7xhM2gkpnbd 

http://www.sig-geomatique.fr/sig-geomatique.html

https://www.sigtv.fr/Operations-exterieures-comment-travaillent-les-geographes-militaires_a52.html

http://fr.geoconcept.com/defense-et-interventions-militaires

https://www.intelligence-airbusds.com/fr/945-cartographie-militaire

http://geopeuple.ign.fr/doc/rapports/L2.1-4-EtudeComparativeContenuCartesGeoPeupleVF.pdf

 

Bibliographie 

Boulanger, Philippe. Renseignement géographique et culture militaire , Hérodote, vol. 140, no. 1, 2011, pp. 47-63.

Colonel ARNAUD Philippe. La géographie militaire Défis et enjeux, Présentation Esri, Paris, 2014

Philippe Lépinard. L’anthropotechnie militaire comme nouveau champ de recherche en systèmes d’information, 21ème colloque de l’AIM, 2016, Lille.

REGNIER P. Dictionnaire de géographie militaire, CNRS, 2008, Paris.

 

Photographies & Illustrations

France 3 télévision, « 19/20 National », Reportage télévisé journalier, 2015.
https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/metiers/armee-et-securite/14-juillet-un-bataillon-de-geographes-participera-au-defile_995797.html

Armée de Terre, « 70 ans du 28eme Groupe Géographique », Vidéo promotionnelle, 2016
https://www.youtube.com/watch?v=n-0kUyl38D0

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