Analyse de données : le cas Every Noise at Once


Sur Every Noise at Once, recenseur des genres musicaux, on ne voit rien que l’essentiel. Le menu, une barre de recherche, le fatras des genres… et une section marketing – il faut bien se faire un pécule. Pas de fond ; pas d’ornements disgracieux… Juste de l’information, de la donnée présentée sous ses traits les plus rudimentaires.

Aperçu d’Every Noise at Once

Des algorithmes de Spotify

Glenn McDonald travaille comme data analyst pour Spotify. Il vit au milieu des algorithmes façonnant les playlists de l’application, abreuvant ses abonnés de leurs doses de musique quotidienne . Les Daily Mix, listes de lecture se renouvelant perpétuellement selon les écoutes de l’utilisateur, fonctionnent par l’agrégation d’artistes au style musical similaire. Ce rassemblement se fonde autour d’un double processus : l’étude de la structure musicale et la classification par genre.

Source : www.howtogeek.com

Les Daily Mix de Spotify

La structure musicale se scinde en 13 variables – des dimensions incluant notamment le tempo, l’intensité, le caractère émotionnel et dansant de l’œuvre. L’attribution du genre se veut plus complexe. Le genre musical s’obtient en identifiant un lot d’artistes aux mêmes sensibilités musicales. Pour se faire, l’algorithme prend en compte la structure des chansons, les habitudes d’écoute des utilisateurs et les termes employés sur le web concernant une musique ou un artiste. Les chanteurs présentant les mêmes caractéristiques s’agrègent par la suite.

Un genre de nuage

Partant de ces bases algorithmiques, McDonald édifie Every Noise at Once. Le site exhibe un nuage de genres musicaux, organisé selon un procédé s’apparentant à une analyse des correspondances multiples. Sur l’axe vertical : vers le bas s’étendent les musiques acoustiques, organiques – exécutées par la main de l’homme ; vers le haut, les mélodies électroniques, mécaniques, informatiques. L’axe horizontal mesure la densité sonore. De la gauche vers la droite, les orchestrations denses et intenses font place aux harmonies légères et étalées. La couleur regroupe les instrumentations analogues. La taille, quant à elle, représente le nombre d’artistes associés aux genres.

Le nuage de genres musicaux

Every Noise at Once expose. La filiation et l’historicité des genres ne priment pas. Ces derniers ne sont reliés entre eux que par la proximité musicale. Loin des modèles graphiques d’arbre généalogique, le nuage de points est à l’image du monde de la donnée – confus, brumeux. Par l’enchevêtrement des racines historiques et la prolifération de microgenres – due à la démocratisation de la pratique musicale, à l’auto-satisfaction et au pédantisme superficiel de l’époque -, l’organisation des genres musicaux relève de l’impossible. Ce sont, en tous cas, les limites avec lesquelles Glenn McDonald doit aujourd’hui coopter dans la configuration de son algorithme.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *