Une carte collaborative pour partager le patrimoine de la Drôme ?


Découvrir les pépites et les trésors du patrimoine de la Drôme vous tente ? Mais vous ne savez pas comment vous y prendre ? Rassurez-vous une carte collaborative du patrimoine a été créée par la Conservation du patrimoine, service du Conseil départemental de la Drôme. Elle repose sur le partage et a pour objectif de répertorier tous les éléments considérés comme appartenant au patrimoine selon leurs contributeurs. Une façon de dévoiler et de repérer des richesses restées secrètes…

Le patrimoine, de quoi parle-t-on ?

Selon son étymologie la notion de patrimoine, renvoie à l’idée de transmission, car son latin patrimonium, signifie « l’héritage du père » (le terme père est à lire ici comme un terme indéfini). L’Unesco parle également d’« héritage dont nous profitons aujourd’hui » (1987).

Jusque dans les années 70, on a considéré en France que le terme renvoyait exclusivement aux éléments monumentaux, architecturaux et au patrimoine écrit et graphique, mais depuis le sens du mot reçoit une acceptation plus large. Y sont inclus désormais, les objets faunistiques, paysagers et les langues locales.

Nous concernant, nous distingueront deux grands types de patrimoine :
Le patrimoine culturel, qui recouvre les biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique.
Le patrimoine naturel, dont les biens résultent de l’activité de la nature même si ses objets sont parfois modifiés par l’Homme (INSEE, 1986).

Cependant le terme n’a pas un cadrage précis, cela pourrait s’expliquer par le fait qu’il dépend des représentations et des sentiments des individus. Il est donc a mon sens parfois difficile d’identifier ce qui tient du patrimoine.

 

Qui peut participer à cette carte ?

N’importe qui peut contribuer à cette carte collaborative. Mais il faut au préalable s’inscrire en renseignant au minimum son adresse mail. Le tout accompagné d’une fiche descriptive et si possible d’une photo ou d’une vidéo. (0)
On supposera que l’essentiel des contributeurs habitent ou sont issus de la région. Les associations et les acteurs locaux sont également invités à participer.

Si n’importe qui peut participer, ne risque-t-il pas d’y avoir des erreurs ?

Les erreurs sont possibles. Mais le site est paré à cette éventualité. En effet par un système de modération en amont chaque contribution est analysée avant d’être publiée. Par la suite, un tampon « vérifié » vient s’ajouter sur la photo de l’élément publié. Cela permet de confirmer l‘appartenance de chaque contribution au patrimoine du département.

 

Pourquoi cette initiative du département ?

En réalisant une carte collaborative le département souhaite profiter des savoirs des habitants pour retrouver, renouveler et transmettre le patrimoine. Grâce au format proposé, les éléments sont regroupés et localisés précisément. (1)

Le patrimoine, un défi croissant pour les collectivités

Dans le même temps, la reconnaissance du patrimoine permettra sa diffusion, sa valorisation et sa protection. Mais cela s’inscrit également dans un engouement toujours plus prononcé pour la découverte du patrimoine. Il y a donc aussi un intérêt économique et touristique. C’est une façon pour le département de se démarquer et de gagner en attractivité.

Améliorer la connaissance du patrimoine est un véritable atout pour le département et les communes, cela permet d’assurer le suivi et la gestion de ces éléments. Dès lors, grâce à leur cartographie les aménageurs peuvent mieux tenir compte de ces informations. Dans le même ordre d’idée la compréhension des spécificités du territoire est amélioré. D’autant que l’on sait que le patrimoine fait souvent l’objet de soulèvement de la part de la population lorsque celui-ci est amené à être modifié.

 

Quels sont les avantages d’une carte collaborative dans le cadre du patrimoine ?

Nous avons constatés plusieurs avantages à la réalisation d’une carte collaborative :

  • Elle permet de répertorier des éléments patrimoniaux encore inconnus du grand publique soient parce qu’ils sont connus que d’un Homme, d’un groupe de personnes ou d’un village ou encore parce qu’ils sont trop contemporain. En cela cette carte pourrait permettre de découvrir un patrimoine insolite ou longtemps resté exclusif.
  • La carte pourra servir de socle à l’établissement des parcours touristique. Dans la même logique, elle permet au département et aux communes d’identifier et de valoriser leur patrimoine. Le rayonnement permis par la carte permettra d’en assurer l’attractivité. On a d’ailleurs constaté que l’engouement est important. On remarquera également que le site permet de localiser des événements qui ont trait à la culture, cela pourrait donc être un levier pour la réussite d’animations culturelles très spécifiques.
  • Le patrimoine s’inscrit dans le temps, il se transmet, il est donc intéressant de faire appels aux savoirs et aux expertises locales par le biais de la participation. Par la même occasion ce référencement permet d’assurer la mémoire de ces espaces et de favoriser leur sauvegarde et leur conservation. (2)
  • La diffusion est assurée par le fait que la carte est consultable par tout le monde, gratuitement et à tout moment grâce au numérique. Ainsi cette inscription dans l’ère du temps est cohérente car elle favorise l’héritage intergénérationnelle.

 

A quoi cette carte ressemble-t-elle ?

(0) Exemple de fiche accompagnant une position, ici « le vieux village Allan »

 

Quelles sont les limites de cette carte collaborative ?

Les limites de cette carte repose selon moi sur les enjeux qu’elle soulève. En effet la carte collaborative, de par son instauration par un organisme départemental et l’approbation des contributions, possède un caractère politique fort. Intégrer ou non des éléments au patrimoine d’une commune à d’importantes répercussions. A titre d’exemple, un artisan dont le savoir-faire serrait reconnu et intégré au sein de cette base de donnée possédera dès lors, grâce à cette « publicité » et cette « reconnaissance » un avantage concurrentiel certain. Les enjeux multiples autour de cette cartographie peuvent donc faire naître des conflits.

Toujours sur le fond et dans le même ordre d’idée, on peut s’interroger sur les conséquences du partage d’éléments longtemps restés confidentiels, notamment sur le fait que cela pourrait créer une attractivité et une affluence dommageable pour ces espaces. On peut également imaginer que certaines personnes ou des groupes de personnes ne souhaiteront pas partager leur patrimoine de proximité, soit parce qu’ils veulent en garder l’exclusivité ou soit parce qu’ils s’inquiètent des retombées (notamment sur le patrimoine se situant dans un terrain privé).

Pour conclure

Si on perçoit l’intérêt de la participation pour ce concept en permettant aux locaux de partager leurs connaissances du territoire, notamment sur le fait que cette cartographie permet d’ancrer des éléments patrimoniaux pour qu’ils ne tombent pas dans l’oublie. Il est toutefois nécessaire de s’interroger sur l’instrumentalisation que l’on peut en faire et des enjeux que l’approbation des contributions soulève. Et pour cela il convient de répondre à l’épineuse question, quels éléments intégrer dans le patrimoine du département ? (3)

Par ailleurs on remarquera que ce type de participation, pris sous un autre angle, pourrait aussi servir à une collectivité à identifier un monument ou un vestige en interrogeant les habitants. Egalement il pourrait permettre, au moyen d’indicateurs, de mesurer l’attachement des habitants à tel ou tel patrimoine.

Mais au-delà des questions que soulève la cartographie du patrimoine, il faut reconnaître que l’utilisation d’une carte collaborative apparaît comme un moyen efficace pour mailler le territoire et identifier le patrimoine local. Dans le même temps, elle répond à la volonté politique d’intégrer les habitants. Bien que cette rencontre d’intérêt individuel et public puisse poser problème, tout comme les objectifs étatiques et les aspirations des collectivités, on notera que la carte collaborative est une façon ludique de découvrir la cartographie numérique, qui nécessite toujours un temps d’adaptation.

 

Source : 

http://cartepatrimoine.ladrome.fr/ La carte collaborative

http://www.ladrome.fr/nos-actions/culture/patrimoine/patrimoines-en-ligne

La carte ouverte du patrimoine de la Drôme

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/drome-une-carte-collaborative-pour-recenser-les-petits-bijoux-du-patrimoine-1505237723

Les associations de conservation du patrimoine se forment à la cartographie collaborative

https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-01232019/document  « Un historique de la notion de patrimoine »

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00485072/document  « La notion de patrimoine : lignées culturelles et fixations
sémiotiques »

http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/patrimoine/ Vocabulaire et orientation

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