La végétalisation participative de Paris – Le permis de végétaliser 1


Depuis quelques années, nous observons un attrait grandissant pour les espaces verts qui semblent être perçus comme les derniers remparts contre la pollution ambiante. A Paris, les autorités locales ont défini en 2011 un Plan Biodiversité qui a pour objectif de préserver les espaces naturels existants, de créer de nouveaux espaces dès que cela est possible mais également de protéger la faune et la flore propre à la ville, qui de leurs propres aveux, est souvent vu par la population comme des nuisibles.

« Le Plan Biodiversité, comme les autres Plans de la Ville, veut contribuer à améliorer l’empreinte écologique du territoire parisien en économisant les ressources de la nature à l’échelle locale et planétaire. » (pp. 72, Plan Biodiversité.pdf)

« Dans cet esprit le Plan Biodiversité a été élaboré en vue de favoriser un changement de regard de l’ensemble des acteurs concernés. Favoriser le monde vivant, donner toute leur place aux espèces régionales, réduire l’impact de nos modes de consommation sur les ressources planétaires, ce sont avant tout de nouveaux modes de pensée, qui doivent être largement partagés. »(pp. 72, Plan Biodiversité.pdf)

Toutefois, il existe une autre explication physique a cet attrait pour la végétalisation des surfaces urbaines. En effet, lors des épisodes de fortes chaleurs en 2003, la température relevée au cœur de Paris était anormalement élevée (supérieure de 8 °C de la normale) à celle du reste de l’Île-de-France. La végétation a dès lors été vue comme un moyen d’abaisser ces températures et ce pour deux raisons, premièrement l’ombrage des arbres évite que les bâtiments et les rues ne s’échauffent et enfin le phénomène d’évapotranspiration humidifie et donc refroidit l’air.

Le Plan Biodiversité de Paris

Visuel du document de présentation du Plan Biodiversité de la Mairie de Paris.

Photo 1: Visuel du document de présentation du Plan Biodiversité de la Mairie de Paris.

Ce Plan Biodiversité a été défini selon trois grands axes, déclinés en trente actions fortes. La mise en œuvre de ce plan s’étale sur environ trois années (pour les actions clairement définies). De plus, il faut noter la volonté d’intégration de la population dans cette démarche de préservation de la biodiversité. En effet, l’emphase est portée sur l’information et la communication auprès des administrés lors de la mise en place de mesures (Action 28, 29 et 30 du Plan Biodiversité – 2011).

J’ai retenu trois actions du Plan Biodiversité en lien avec la végétalisation participative d’espaces publics et privés de la ville.

Action 8 – Renforcer le maillage vert du territoire parisien. Il est proposé de « végétaliser l’espace public là où il recèle des potentialités importantes en matière de continuité écologique ». L’énoncé de cette mesure ne précise pas le mode de végétalisation souhaité mais laisse le champ libre aux initiatives pour la mise en place d’une politique de « végétalisation volontariste ». Il y est cité l’exemple du quartier de la Butte Montmartre (18e arrondissement) qui grâce à un état des lieux des espaces verts, réalisé par ses habitants, s’est révélé être un « véritable corridor écologique ». Cependant, cette politique de végétalisation doit respecter certaines contraintes notamment la prise en compte « des usages multiples générés par une population nombreuse. » (pp.30 , Plan Biodiversité.pdf)

Action 9 – Renforcer les capacités d’accueil de la biodiversité sur les bâtiments. La végétalisation des toitures et des terrasses est encouragée notamment grâce à la modification de l’article 13 du PLU. La création d’une obligation d’entretien et de maintien des espaces déjà végétalisés sont de moyens de maintenir la biodiversité parisienne. La Ville de Paris s’engage à créer sur ses immeubles des toitures végétalisées. De plus, une réflexion est menée sur la préservation de la faune et de la flore présentes sur les façades des immeubles. (pp.32 , Plan Biodiversité.pdf)

Action 18 – Proposer un plan de gestion différenciée des pieds d’arbres et des sols stabilisésTout d’abord la végétalisation des pieds d’arbres qui est gérée par trois directions gestionnaires de l’espace public : la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement (DEVE), la Direction de la Propreté et de l’Eau (DPE) et la Direction de la Voirie et des Déplacements (DVD). Ces dernières sont sollicitées en fonction de la nature des travaux à réaliser. Ces trois directions ont créé une nomenclature des types de plantations existantes dans les rues parisiennes ainsi que les usages de l’espace afin de proposer un mode de végétalisation des pieds des arbres qui soit adaptée c’est-à-dire avec des plantes appropriées et adaptée aux usages des populations.

En ce qui concerne les surfaces stabilisées, il s’agit là encore d’espaces gérés par les trois directions gestionnaires sus-citées. Ces surfaces représentent «un grand potentiel de végétation herbacée de « pleine terre »». Il faut savoir que la fonction première de ces espaces est d’assurer l’infiltration de l’eau lors d’épisodes de fortes pluie. Initialement, les herbes qui y poussaient de façon anarchique étaient systématiquement enlevées. Le Plan Biodiversité a suscité une nouvelle approche de l’entretient de ces surfaces en demandant aux directions gestionnaires de préserver et d’entretenir ces « mauvaises herbes » en tenant compte des usages de la population bien sûr. (pp.51 , Plan Biodiversité.pdf)

Les résultats de l’impact des actions du Plan Biodiversité seront présentés en 2020. Je vous invite à consulter la version en ligne du Plan Biodiversité pour connaître les indicateurs choisis pour évaluer l’impact de toutes les actions menées sur le territoire parisien.

Le permis de végétaliser

La mesure qui a particulièrement retenue mon attention est le permis de végétaliser. Ce document s’inscrit dans la continuité du Plan Biodiversité de 2011 et sa politique de végétalisation participative. Ce permis peut être délivré depuis le 30 juin 2015 à des personnes physique et morale. Il autorise un citoyen à végétaliser c’est-à-dire à planter des végétaux, sur le domaine public. Les espaces verts publics existants du type parcs et jardins ne sont pas concernés par ce permis puisqu’ils sont sous l’autorité des directions gestionnaires de l’espace public. Il s’applique pour la végétalisation de pieds d’arbres, de murs et de potelets ou encore l’implantation de jardinières « au coin de votre rue » (cf. site Paris.fr). Cette mesure permet à la Mairie de Paris d’avoir une bonne gestion et une vue d’ensemble des espaces investis par ces projets citoyens.

Photo 2: Jardinières poser en bordure du trottoir rue de l'Arrivée, près de la gare Montparnasse.

Photo 2: Jardinières poser en bordure du trottoir rue de l’Arrivée, près de la gare Montparnasse.

Pour obtenir le permis la démarche est simple, rapide et moderne. Il suffit de déposer une demande en ligne sur le site Paris.fr rubrique Permis de végétaliser, accompagnée de la description précise du projet, il est précisé sur ce même site que « toutes vos idées sont les bienvenues ». Le permis est délivré dans un délai d’un mois par

«la Ville de Paris après avis favorable des Maires des arrondissement ou des adjoints concernés à l’issue d’une étude de faisabilité technique de la demande réalisée par la Directions des Espaces Verts et de l’Environnement, en lien si nécessaire avec d’autres directions concernées. » (cf. Article 3, Charte de végétalisation).

En l’absence de réponse des autorités en charges des demandes, « le permis de végétaliser sera considéré comme tacitement accordé ». Il est valable 3 ans et renouvelable tacitement. En contre partie, le porteur de projet, titulaire du permis, doit signer la Charte de végétalisation, dont les termes sont disponibles dans la documentation mise en ligne par la Mairie de Paris. Cette charte est un contrat qui regroupe toutes les obligations auxquelles se soumet son titulaire.

Photo 3: Permis de végétaliser pour l’initiative située rue de l’Arrivée aux abords de la gare Montparnasse (gauche) et Avenue du Président Wilson près du Trocadéro (droite).

La demande de permis comporte une section relative à la localisation géographique de l’implantation du projet. Cet emplacement doit être pointé sur une carte et les adresses doivent être mentionnées. De plus, les mandants sont incités à ajouter « un croquis, une photo voir un plan de l’emplacement précis du lieu » pour une meilleure compréhension de leur projet par l’autorité délibérante et très probablement afin d’assurer un meilleur suivi sur le terrain par la DEVE chargée de l’accompagnement des projets sur le terrain des projets.

Bien qu’il s’agisse d’un projet participatif, les citoyens ne sont pas livrés à eux même car les jardiniers de la Maison du jardinage de Bercy et des fiches pratiques sont à leurs dispositions pour les conseiller dans la mise en place et l’entretien des végétaux plantés. Des exemples de réalisations sont disponibles sur le site Paris.fr rubrique Permis de végétaliser.

Ce permis est en lien étroit avec le projet «Du vert près de chez vous», dans lequel 200 « points de végétalisation » ont été identifiés et proposés par les citoyens puis approuvés par les services de la Mairie de Paris comme étant aptes à accueillir des projets de végétalisation participatif. Toutes ces informations sont disponibles sur le site Paris.fr, toutes les données géographiques sont libres d’accès sur le site Parisdata.

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Photo 4: Initiative de plantation de fleurs et de légumes, rue de l’Arrivée aux abords de la gare Montparnasse.

Toutefois, l’information sur les projets réalisés après obtention d’un permis de végétaliser ne sont pas clairement identifiables sur ces données. Il serait bon d’avoir quelques chiffres sur les projets effectivement réalisés après obtention du permis et ceux qui ont été maintenus. Tout laisse à penser que ces chiffres seront publiés en 2020 lors du grand bilan du Plan Biodiversité.

Cette initiative citoyenne peut sembler très à la mode mais elle est fondée sur une volonté de la Mairie de Paris de préparer la ville aux changements climatiques. La participation de la population à ce projet permet une sensibilisation massive des citoyens aux effets bénéfiques de la présence de végétaux dans la ville ainsi qu’une amélioration de la perception de l’espace « vert » public qui s’étend et qui prend des couleurs grâce aux divers projets réalisés. D’ici à 2020, la Mairie de Paris a pour objectif la végétalisation de 23 % du territoire parisien.

On peut se poser des questions sur la pertinence de la mesure de végétalisation dans le cadre de la plantation en milieu ouvert de végétaux comestibles notamment à cause de la pollution urbaine. Je vous renvoie à l’étude menée par Säumel Ina et al. (2012) sur la pertinence et les dangers de l’agriculture urbaine, cette étude a pour terrain des quartiers de Berlin en Allemagne. Toutefois, Berlin est une grande capitale comme Paris.

Sources


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Commentaire sur “La végétalisation participative de Paris – Le permis de végétaliser

  • Alexis

    Article qui fait écho au premier chapitre du film « Demain » réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent, où les habitants d’une petite commune d’Angleterre commencent de manière spontanée à cultiver toutes les plates bandes de leur village.

    Ce film est un incontournable en matière de développement durable, par l’exemplarité de toutes les initiatives écologistes qui y sont présentées ! A voir absolument !!