L’ONU, ONG et Google : tous à la rescousse des poissons !


Depuis plusieurs années, nous sommes confrontés à des problématiques écologiques et notamment concernant la réduction de la diversité biologique, de manière globale sur la planète. Ce problème provient, en partie, « d’une mauvaise gestion des ressources naturelles par l’homme qui extrait plus d’individus que les populations ne peuvent supporter via le renouvellement naturel »[1], d’après le site de conservation de la nature. On retrouve alors le cas de la surpêche qui contribue à la surexploitation des ressources en poisson.

« La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, a signalé que le potentiel maximal de prélèvement sur les stocks naturels des océans a probablement été atteint »[2], selon un article du CERES[3] Biodiversité. Plusieurs études ont été faites, notamment celle de Worm et al, datant de 2006, qui fait des prévisions assez alarmantes sur l’état de la ressource en poissons. En effet, selon cette étude, en 2048, il y aurait une possibilité que la totalité des poissons marins disparaissent.

Un nouveau programme contre la surpêche et le braconnage

Notamment, pour ces raisons, un programme de surveillance des chalutiers industriels presque en temps réel dans le monde, a été préparé en 2014 par John Kerry, ancien secrétaire d’Etat américain sous la présidence Obama, ainsi que Leonardo DiCaprio, avec son association écologiste, Leonardo DiCaprio Foundation. Le célèbre acteur, et d’autres généreux donateurs, auront participé au financement des 10 millions d’euros nécessaires pour lancer finalement le programme en septembre 2016. Il a été également impulsé par les Nations-Unies et les ONG Oceana et SkyTruth. La première lutte pour la préservation des écosystèmes marins et le respect des océans, quand la deuxième utilise des satellites et l’imagerie pour montrer les menaces de la planète. Google a également été sollicité, pour sa capacité à enregistrer du « Big Data » et ses quantités de données libres, ainsi que ses algorithmes performants. Ensemble, et avec l’aide d’ingénieurs, ils mettent en place une toute nouvelle plateforme, « Global Fishing Watch ». Une application prometteuse qui a de nombreuses ambitions et qui pourrait faire changer les choses dans le monde de la surpêche et la lutte contre la piraterie, plus généralement.

Au niveau politique, cet outil est tout aussi intéressant, puisque l’ONU et les pays victimes de piraterie et de braconnage dans leur zone de pêche, vont pouvoir lutter contre ces phénomènes grâce à cette application. Ils espèrent pouvoir mieux contrôler les Aires Marines Protégées (AMP) et identifier plus efficacement les chalutiers qui naviguent illégalement. En Europe, on a déjà un système satellite qui traque les navires de plus de 12 mètres, le système VMS. Mais cela ne représente que 30% de toute la flotte. Un outil avec une ampleur mondiale était alors nécessaire à mettre sur pied pour que l’on puisse avoir un regard général sur l’état de la pêche et du braconnage. D’autre part, tous les pays du monde n’ont pas le luxe de se payer un système de surveillance de leurs côtes qui soit efficace et quotidien. Comme le souligne Lasse Gustavsson, le vice-président et directeur exécutif en Europe, de l’association Oceana, « jusqu’à aujourd’hui, seuls les pays développés avaient la possibilité de surveiller la pêche sur leurs côtes. Or des régions comme l’Afrique de l’Ouest ou des pays comme Madagascar font aussi face à des problèmes de surpêche dans leurs eaux territoriales ».

carte_surpeche

Visualisation à un temps T des navires repérés par GFW dans l’Océan Pacifique, le 6/10/2016. http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/google-cartographie-les-mers-en-temps-reel-pour-lutter-contre-la-peche-excessive_108049

Alors comment ça marche ?

Global Fishing Watch a un site internet qui met à disposition gratuitement, et à condition de s’inscrire, une carte où l’on peut repérer chaque navire identifié par l’application. Elle va donc intercepter les ondes radio émises par le signal du Système d’Identification Automatique (SIA) que chaque navire doit avoir allumé obligatoirement. Un des ingénieurs qui l’a conçue, explique que cela fonctionne à peu près comme l’application Shazam, connue pour identifier le titre de la musique que l’on écoute à la radio ou ailleurs. Toutefois, pondère l’ingénieur de l’outil, les ondes des chaînes radio que l’on écoute sont continues, donc pas de difficulté pour les capter. Ce qui n’est pas le cas des ondes SIA qu’émettent les navires. : « leur qualité dépend de la localisation des satellites, et leur quantité du nombre de navires dans la zone géographique. »[1] Cela devient donc plus compliqué, alors, car les données que l’on va stocker seront hétérogènes et variables dû à cet effet.

Une des limites de cet outil, pour qu’il fasse son travail comme il faut, tient au fait que le bateau doit avoir allumé son SIA, car sans ça, le détecteur ne peut pas capter d’onde radio. Or, on sait que les bateaux qui naviguent en mer, sans leur SIA allumé, ont probablement des choses à cacher, si cela est fait régulièrement. On sait que ce sont les chalutiers qui pêchent dans des zones illégales qui font cela.

Comme nous le disions plus haut, il suffit à l’utilisateur de s’inscrire via son compte Facebook ou son adresse mail pour qu’il puisse naviguer…sur la plateforme. Il pourra alors choisir une zone qui l’intéresse et zoomer dessus, puis cliquer sur un des petits points lumineux, qui représente chaque bateau de pêche repéré. Il pourra alors connaître son nom, sa nationalité et tous savoirs de ses déplacements. Il peut remonter le temps jusqu’en 2012 ou bien choisir de rester dans le présent et de consulter les données actualisées régulièrement.

Comme illustré par ce GIF : http://www.sciencesetavenir.fr/redaction/infographies/GIF/mappingglobalfishing/PIPA_Closure.gif

Des millions de données collectées chaque jour !

Les récepteurs terrestres et les dizaines de satellites recueillent les montagnes de données en détectant les signales radios des SIA aux quelques 200 000 bateaux qui naviguent sur les eaux du monde. Ce sont donc près de 22 millions d’enregistrements qui sont stockés tous les jours dans les bases de données de Google. A ce jour, l’application a déjà récolté 37 milliards d’enregistrements au bout de quatre ans d’existence !

Pour analyser et interpréter les informations récoltées, c’est le réseau neuronal qui s’en charge. Il va alors extraire les données qui ont un sens, soit, « les trajectoires le type de bateau, mais aussi son outil de pêche (palangres, chaluts, …), ou même savoir quand il pêche ou quand il navigue ».  Ces données sont finalement cartographiées avec une vue en temps réel des activités des différents bateaux traqués.

Quels effets concrets ?

Ces efforts venus des ONG et de l’ONU pour mettre en place une plateforme interactive pour repérer les activités des bateaux et où elles se font ne sont pas vains. En effet, « grâce aux images fournies par la plateforme, le gouvernement des îles Kiribati, dans l’océan Pacifique, a pu s’assurer que la pêche avait bien reculé dans l’aire protégée des îles Phoenix, où elle avait été interdite en 2015. La zone étant très vaste, il aurait été impossible de le contrôler sans l’aide des satellites. »[2] Au-delà de cet exemple où il y a un effet positif très local, on espère qu’il y aura également des impacts positifs pour d’autres régions du monde qui peuvent souffrir du manque de surveillance de leurs côtes. Avec ce moyen, gratuit et relativement fiable, des pays avec moins de moyens financiers pourront agir contre la piraterie et la surexploitation de leurs rivages.

En conclusion

Pour conclure, la surpêche est une problématique de plus en plus discutée au niveau politique tant en France, qu’en Europe ou même à échelle mondiale. Il faut parvenir à nourrir la population mondiale, tout en respectant l’environnement et l’équilibre des écosystèmes afin qu’ils perdurent dans le temps. La balance entre nourrir une population de plus de 7 milliards d’habitants et la nécessité de préserver la biodiversité doit trouver un équilibre. Cela ne peut pas, et ne doit pas, être un dilemme, car sans la pérennité des écosystèmes, ce sont des problèmes de faim qui vont se créer…

Fanny Di Tursi


[1] http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/google-cartographie-les-mers-en-temps-reel-pour-lutter-contre-la-peche-excessive_108049

[2] http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/16/on-peut-desormais-traquer-la-surpeche-depuis-son-ordinateur_4998931_3212.html

[1] http://www.conservation-nature.fr/article2.php?id=109

[2] « Impacts de la pêche sur la biodiversité », Veronica Miro Pina, Aurore Penillard, Mickaël Postic, Pierre Quévreux, 2012
http://www.environnement.ens.fr/IMG/file/DavidPDF/Biodiversite2012/CR%20CERES-2.pdf

[3] Centre de formation sur l’Environnement et la Société, spécialisée sur les questions de l’environnement dont la biodiversité, et qui appartient à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), http://www.environnement.ens.fr/


Sources :

http://www.conservation-nature.fr/article2.php?id=109

http://www.environnement.ens.fr/IMG/file/DavidPDF/Biodiversite2012/CR%20CERES-2.pdf

http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/15/vous-pourrez-surveiller-en-temps-reel-les-chalutiers-qui-braconn/

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/16/on-peut-desormais-traquer-la-surpeche-depuis-son-ordinateur_4998931_3212.html

http://www.natura-sciences.com/environnement/surpeche-industrielle.html

http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/google-cartographie-les-mers-en-temps-reel-pour-lutter-contre-la-peche-excessive_108049

 

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