Revendications territoriales et Google Maps : études de cas


Il arrive souvent que deux états ou plus revendiquent le même territoire sous leur souveraineté. En effet, cette liste de territoires contestés parait bien longue lorsqu’on s’y réfère dans Wikipédia

Aujourd’hui dans le monde, il y a bien plus de pays qui sont en conflits territoriaux, que de pays aux frontières non contestées. Certains articles vont même jusqu’à dire qu’il y aurait actuellement seulement une vingtaine de cas de ces quelques rares pays aux frontières non contestées.

Max Galka, en a développé une carte interactive très facile d’emploi, en voici son post twitter : https://twitter.com/galka_max/status/669159260824207360

Il est possible de la manipuler en cliquant sur ce lien. D’ailleurs, Maxime Jobin, étudiant en M2 géomatique à Cergy, présente bien l’outil dans un article publié sur le site veille carto précédemment.

Une problématique se pose alors : comment faire des représentations cartographiques des frontières des pays en étant le plus juste possible ? Et quelle est la stratégie employée par Google Maps dans sa cartographie ?

Le géant Google Maps, ne présente en effet pas une version unique de carte globale, il modifie les frontières des états en fonction de la nationalité de l’utilisateur. S’il y a un conflit territorial entre un pays X et un autre Y, il existera une version de Maps pour l’utilisateur X, une autre pour l’utilisateur Y et une troisième version internationale.

Expliquons maintenant le phénomène par quelques exemples.

1.Conflits territoriaux entre Inde et Chine : Arunachal Pradesh et Cachemire

L’ Arunachal Pradesh est une vaste région montagneuse située dans la partie orientale de la chaîne himalayenne. Ce territoire est en réalité un État indien à part entière, mais la Chine revendique ce territoire comme appartenant à la région autonome du Tibet (sous contrôle chinois).

Le cas du Cachemire est plus connu, c’est un territoire aux confins de l’Inde, du Pakistan et de la Chine. C’est une vaste région montagneuse de la partie occidentale de la chaîne himalayenne.

 

Arunachal Pradesh et Cachemire

Arunachal Pradesh et Cachemire

Intéressons-nous d’abord au cas de l’Arunachal Pradesh. Pour un utilisateur international, ni chinois, ni indien, l’Arunachal Pradesh est représenté comme dans la fenêtre 1 du document suivant. Pour un utilisateur chinois, Google Maps va présenter les limites administratives de la Chine en incluant tous ses territoires revendiqués dans son périmètre, comme on peut le constater dans la fenêtre 2 du document suivant : la frontière (en rouge) est bien au sud la région. Et pour un utilisateur indien, Google Maps va présenter les limites administratives de l’Inde en incluant ce territoire revendiqué dans son périmètre, comme on peut le constater dans la fenêtre 3 du document suivant : la frontière (en rouge) est au nord la région.

Versions Google Maps de l'Arunachal Pradesh

Versions Google Maps de l’Arunachal Pradesh

Lorsqu’on compare les 3 fenêtres de ce document, on voit bien qu’il s’agit de la même région. La version internationale présente des frontières floues, en ligne pointillé. En revanche, l’utilisateur indien ou chinois a une autre version de Google Maps. Ainsi, le géant américain conforte chaque pays dans sa revendication. En présentant des versions différents en fonction de l’utilisateur, Google Maps prend le parti « de ne vexer personne » !

Les lois nationales indiennes et chinoises interdisent des publications de cartes territoriales qui ne sont pas en adéquation avec les frontières fixées, c’est à dire qu’elles doivent toutes inclure les territoires revendiqués. Google Maps entérine ainsi les lois nationales dans le but de ne pas se priver des utilisateurs chinois et indiens, pouvant être contrariés par d’autres choix cartographiques. Ces derniers sont très nombreux et représentent des parts de marché importantes pour le géant américain. Le cas du Cachemire est plus complexe car il imbrique trois pays dans des revendications différentes. Mais, les principes de Google Maps sont les mêmes ici. Voici une carte qui aide à comprendre son cas :

Conflits au Cachemire

Conflits au Cachemire

2. Crimée, conflit territorial entre Russie et Ukraine

Géographiquement plus proche de l’Europe, la Crimée y subit le même sort. Il existe ici aussi différentes versions de Google Maps pour cette région. Pour rappel, la région de Crimée avait été annexée par les forces militaires de la Russie suite au renversement du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch en février 2014.

Versions Maps de la Crimée

Versions Google Maps de la Crimée

En comparant ces deux versions de Maps, il existe donc bien une frontière sur la version russe qui n’apparaît pas dans la version ukrainienne.

3. Golfe Persique ou Arabique ?

L’appellation Golfe Arabique est revendiquée par les États Arabes depuis les années 1970 alors que l’appellation historique et internationale est Golfe Persique.

La version arabe Google Maps de ce Golfe présente l’appellation « Golfe Arabique ». Alors que la version iranienne présente le toponyme  « Golfe Persique ». Quant à la version internationale, les deux appellations y sont mentionnées.

Un constat apparait donc systématiquement : il n’existe pas de carte Google Maps unique, mais une version propre à chaque pays.

4. Conclusions

Pour représenter les pays, des choix cartographiques doivent être faits. Par exemple, Bing Maps ne suit pas exactement les choix cartographiques de son concurrent Google Maps. Il déclare suivre, les frontières établies par de la cour internationale de justice ou les conclusions des délibérations de l’ONU. Mais, Bing Maps présente aussi dans certains cas, des cartes différentes en fonction de l’utilisateur, un peu à la manière de Google Maps.

De cette étude résulte plusieurs critiques. Premièrement, les utilisateurs endogènes peuvent oublier l’existence des conflits territoriaux pourtant bien existants. Ensuite, les utilisateurs internationaux peuvent être troublés de ne pas avoir systématiquement des frontières bien délimités et ne savent pas toujours lequel des pays est plus légitime de posséder ce territoire ou non. Les visons sont donc faussés par ces cartes non universelles.


Sources

http://playtv.fr/replay/872775/le-dessous-des-cartes/

http://www.noorinfo.com/Le-Cachemire-un-casse-tete-cartographique-par-Philippe-Rekacewicz_a2489.html

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