Les élections américaines et la passion des cartes


Ah, les élections américaines, voila bien un sujet maintes fois abordé et pourtant toujours autant inépuisable. Si ces dernières élections ont été le théâtre d’un déchainement des passions politiques, elles ont aussi été particulièrement dynamiques en termes de production cartographique.

Bien entendu les élections sont toujours l’occasion de produire des cartes mais cette élection américaine a été très riche à ce niveau-là. Cela s’explique notamment par le mode de fonctionnement (plutôt complexe pour nous français) des élections américaines où la géographie joue un rôle déterminant. En effet l’élection est indirecte et se fait état par état: la population vote pour des grands électeurs, qui sont d’un nombre fixe par état, proportionnellement à la population de celui-ci. Autrement dit tous les états ne se valent pas. Le point fondamental à comprendre est le fait que (presque) tous les états fonctionnent avec le principe du « winner-take-all », c’est à dire que le candidat qui sort vainqueur d’un état remporte TOUS les grands électeurs. Les caméras sont donc braquées sur les « swing-states », les états indécis, puisque quelques pourcents de votants en plus dans un camp ou dans l’autre suffisent à remporter ou perdre plusieurs dizaines de grands électeurs.

Le fait que toutes les voies ne se valent pas et que des évènements locaux influent autant le résultat final explique l’intérêt très prononcé des américains pour les cartes en toutes sortes. Dans le monde journalistique un des leaders dans la production cartographique est le New York Times. C’est notamment lui qui a publié début novembre la carte la plus détaillée, étendue sur quatre pages :

elections

Carte électorale la plus détaillée (zip-code level) publiée dans un journal (Source)

Cette carte présente les résultats de 2012 et extrapole sur ce qu’elle signifie pour 2016. Nous pouvons donc voir les phénomènes assez classiques des espaces ruraux plus conservateurs que les centres urbains; ainsi que des caractéristiques plus locales telle que le Texas très nettement républicain, à l’exception de tous les comtés frontaliers au Mexique où vivent de nombreux latinos.

Hormis sa taille c’est une carte somme toute assez classique, présentant le biais d’une surreprésentation des zones peu peuplées, ce qui a été corrigé avec des cartes en anamorphose (ici) ou en densité de point (et là). Mais ces élections ont été un terreau très fertile pour produire des cartes plus ingénieuses, telles que la suivante qui présente l’évolution par rapport à l’élection précédente du parti pour lequel la population vote : plus la densité de points est élevée et plus leur déplacement est rapide, plus la région en question devient républicaine (rouge) ou démocrate (bleue). Cela illustre donc très bien la prise d’importance du parti républicain, en particulier dans la région au sud des Grands Lacs, bien qu’il faille faire attention à la surreprésentation des régions peu peuplées : nous voyons à peine la « résistance » de Dallas au cœur du Texas de plus en plus républicain.

elections

Carte du basculement quasi-généralisé des espaces ruraux vers un vote républicain (Source)

Le facteur racial ayant été encore plus central qu’à l’accoutumée, de multiples cartes ont tenté de le visualiser. Une méthode qui s’est trouvée être très médiatisée a été celle de juxtaposer plusieurs cartes électorales en ne prenant en compte chaque fois qu’une partie de la population :elections

Quelle aurait été la carte électorale si seulement ____ avaient voté (Source)

Cette série de cartes illustre la très forte hétérogénéité de la répartition des votes entre les différentes catégories de population où les facteurs raciaux, de sexe et d’éducation ont un fort impact sur le vote. Ces cartes permettent cependant de relativiser certains discours caricaturaux résumant le vote Trump à ceux des hommes blancs d’âge mûr et peu éduqués : le fait d’être blanc ou de faire partie d’une minorité est très déterminant, en revanche le sexe ou l’éducation ont eu des effets plus mitigés sur le résultat.

Pour clore notre tour d’horizon (loin d’être exhaustif) de l’ingéniosité des cartes de l’élection américaine, arrêtons-nous sur une note plutôt artistique et poétique du New York Times avec les deux cartes suivantes à mettre en parallèle :

elections

elections

Les deux Amériques de 2016 (Source)

Nous avons là une vision plus poétique des choses (ça change !) où deux pays imaginaires ont été construits en ne conservant que les territoires républicains d’un côté et démocrates de l’autre. Nous avons ainsi une Amérique de Trump très vaste (80% des comtés remportés) mais qui s’érode sur ses côtes démocrates aussi bien à l’est et à l’ouest qu’au sud. Le pays est de plus parsemé de lacs intérieurs qui sont les zones urbaines denses démocrates. Ce territoire est ainsi marqué par des paysages tels que le détroit du Connecticut ou le lac de Chicago.

A l’inverse l’Amérique de Clinton est plus à l’image d’un archipel, même d’un atoll, isolant les centres urbains puisque les banlieues ont été gagnées par les républicains. Cet archipel est aussi constitué de chaînes de petites îles, avec les villes universitaires, les zones de réserves des Native Americans et les zones majoritairement noires ou hispaniques. Ce pays a quant à lui pour environnement les îles du Midwest, l’île du Mississippi ou encore la mer des Hautes-Plaines.

 


Source :

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *