[Projet étudiant] Harcèlement verbal à caractère sexuel envers les femmes en Île-de-France 2


Dans le cadre de notre projet de fin d’année, les étudiants du Master Géomatique appliquée aux études urbaines et aux risques ont été amenés à produire une application à destination des populations vulnérables/défavorisées et/ou au service des communautés locales.

C’est en parallèle de l’actualité brûlante concernant la réintroduction in extremis par les députés d’un amendement sur le harcèlement sexiste dans les transports, qu’Héléna Guyomard, Timothée Rosier et moi-même avons décidé d’aborder un sujet sensible et relativement peu mis en avant par les médias habituellement : le harcèlement à caractère sexuel dont sont victimes les femmes dans l’espace public en Île-de-France.

Le harcèlement sexuel « est défini comme le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante » (Article 222-33 loi du 6 août 2012 relative au harcèlement sexuel). C’est un délit pouvant être puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende.

  • La cartographie du harcèlement sexuel à l’étranger et en France

A l’international, deux cartographies du harcèlement sexuel ont été réalisées. Depuis 2010, l’association égyptienne Harrassmap travaille pour la lutte contre l’acceptation du harcèlement sexuel en Egypte. Hollaback, de leur côté, se charge de recenser toutes les formes de harcèlement de rue, c’est-à-dire selon le sexe, les orientations sexuelles ou l’ethnie. Malgré le nombre important de données, cette cartographie est peu élaborée et se présente sous la forme de simples bulles sur Google Maps.

En France, le site internet du collectif féministe Paye Ta Shnek est le seul qui recense des témoignages de harcèlements sexuels. Il ne propose cependant pas de cartographie. C’est en partie en ce sens que nous avons décidé de développer une application sur ce sujet.

Paye Ta Shnek©

La cartographie que nous avons entreprise a pour but de sensibiliser l’ensemble de la population, aussi bien les hommes que les femmes, au harcèlement verbal. Il nous a semblé important de ne pas les dissocier afin que chacun puissent réellement prendre compte de l’ampleur et de la réalité de ce piteux phénomène social.

  • Réalisation de l’application

Pour élaborer notre application, nous avons choisi d’utiliser la WebApp Builder d’ESRI. Elle recense des témoignages d’agressions verbales réalisés à la fois dans la rue et dans les transports en commun (Gare – Métro – RER) à l’échelle de  l’Île-de-France. Il est important de notifier que tous les témoignages présents dans notre application proviennent exclusivement du site internet du collectif féministe Paye Ta Shnek.

D’un point de vue plus technique, l’objectif premier était de constituer une base de donnée géographique avec les informations disponible proposées par Paye Ta Shnek. Nous avons donc formaté un tableau Excel dans lequel nous avons rentré les adresses des harcèlements lorsqu’elles étaient renseignées. Puis, à l’aide de la Base Adresse Nationale et le PluginQgis, nous avons effectué un Géocodage qui nous à permis de réaliser cette cartographie.

  • Fonctionnalités de l’application

Par ailleurs, la WebApp Builder permet la configuration de nombreux widgets. Une fois ces derniers configurés, la réalisation de diverses analyses sur le harcèlement de rue est proposé pour l’utilisateur. Ces requêtes ont été réalisées à différentes échelles, c’est-à-dire soit au sein de Paris, ou plus largement dans toute l’Île-de-France.

En s’appuyant du widget « requête », l’utilisateur de l’application peut rechercher n’importe quel témoignage de la base de données. Par exemple, il est possible de taper, au choix, l’un des 80 quartiers administratifs de la capitale (liste des quartiers ici) pour afficher les témoignages recensés au sein du quartier que l’utilisateur a choisi (voir Figure 1).

Requête pour les quartiers parisiens

Figure 1 : requête pour déterminer les témoignages au sein des quartiers parisiens

D’autres possibilités s’offrent aux utilisateurs. Il leur est possible d’effectuer des recherches à partir de mots-clés. Outre la cruauté de certains mots employés, ils démontrent et aident à prendre conscience de la violence des propos tenus à l’égard des femmes (Figure 2). Des diagrammes statistiques recensent les lieux où les harcèlements ont été réalisés. Il faut tout de même tempérer ces statistiques car elles représentent uniquement les témoignages que nous avons sélectionnés. Toutefois, en analysant cette cartographie, nous remarquons qu’il y a une certaine corrélation entre l’importance du nombre de témoignages et la fréquentation des lieux. A titre d’exemple, Gare du Nord, gare la plus fréquentée d’Europe avec près de 700 000 voyageurs par jour et 200 millions par an rien que pour l’année 2013 (source : lefigaro), enregistre un total de 21 témoignages, soit 15% de la totalité des témoignages recensés dans les gares (Figure 3). Malgré ce, il est important de signaler que cette application n’a pour aucun but d’engendrer un évitement de certains lieux, il n’est pas question de stigmatiser certains lieux. Pour cela, il faudrait éventuellement mener des enquêtes socioculturelles.

Requête des mots-clés

Figure 2 : requête en utilisant les mots-clés des divers témoignages

Fréquence des témoignages dans les gares franciliennes

Figure 3 : la fréquence des témoignages dans les gares d’Île-de-France

De plus, l’un des points primordial que nous avons souhaité développer est l’aspect interactif de l’application. En s’appuyant sur l’applicatif d’ESRI Survey123 et au widget « Mise à jour », il est possible pour une femme victime de harcèlement d’inscrire le témoignage de son agression en déterminant son lieu précis sur la carte.

Enfin et comme expliqué précédemment, cette application n’a ni la légitimité, ni pour finalité d’analyser spatialement le fléau du harcèlement des femmes dans les lieux publics. L’objectif était qu’elle nous offre un aperçu du phénomène. Pour remédier à cela, il aurait fallu avoir accès à l’intégralité de la base de données de Paye Ta Shnek, et également comprendre quels sont les critères retenus pour qu’un témoignage puisse être publié sur leur site internet.

L’application est disponible en suivant ce lien.

Cet article a été écrit par l’ensemble du groupe.

Sources :


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2 commentaires sur “[Projet étudiant] Harcèlement verbal à caractère sexuel envers les femmes en Île-de-France

  • Franck BIDAULT

    Très belle initiative. Merci pour les victimes et croyez dans votre projet.

  • Fred ROBERT

    Bonjour

    C’est passionnant et j’aimerais entrer en contact avec vous : nous sommes en train de réaliser une appli comparable et nous aimerions partager nos expériences respectives : peut on se rencontrer ?

    En vous remerciant
    Cordialement